Jacky Guilloteau : « Les candidats recherchent l’entreprise qui a le meilleur CV »

Le beau sigle que voilà… QVT comme Que Voudrais-Tu ? Quelles Valeurs Tangibles ? Quelle Vision du Travail ?

Jacky Guilloteau
Jacky Guilloteau

Non, QVT comme Qualité de Vie au Travail : un beau programme certes, mais comment appréhender une notion aussi subjective que complexe ? Nous avons interrogé Jacky Guilloteau, ancien DRH chez Bouygues, aujourd’hui consultant en stratégie RH, coach et fondateur de Un Beau Matin. On y découvre, derrière une notion très plébiscitée, des enjeux marque employeur qui redistribuent les cartes de la relation manager collaborateur.

S&you : Avec quoi feriez-vous rimer la notion de Qualité de vie au travail (QVT) ?

 

Jacky Guilloteau (JG) : Historiquement, on a d’abord parlé de « conditions de travail », en prenant conscience de la nécessité de réduire la pénibilité du travail. Les premières mesures mises en place visaient donc à améliorer le quotidien du travailleur d’un point de vue purement fonctionnel. C’était déjà une belle avancée !

 

Aujourd’hui cependant, le travail n’est plus simplement un gagne-pain, ni même une source de revenus permettant de mettre à profit son temps libre. Avec l’arrivée des nouvelles générations, la frontière entre vie personnelle et vie professionnelle s’est estompée : le travail fait désormais partie intégrante de la vie. Le modèle, c’est désormais de pouvoir choisir son job et de s’y épanouir.

 

Je pense donc que pour les recruteurs, le sigle QVT rime avec :

  • Qualité de Vie : prendre en compte l’individu dans sa globalité (il a aussi une vie familiale, des passions, des contraintes), ce qui est le meilleur gage de sa productivité
  • Qualité du Travail : la mission confiée doit s’intégrer dans un projet dont il doit percevoir le sens et l’intérêt, l’enjeu est qu’il puisse s’y accomplir et même s’y sublimer ! 

S&you : quel enjeu représente la QVT pour les entreprises ?

 

JG : En réponse aux aspirations actuelles, les conditions de travail proprement dites ont été déjà mises au goût du jour par de nombreuses entreprises : espaces de travail « comme à la maison », horaires souples avec possibilité de télétravail, outils numériques adaptés… Les formes juridiques du travail ont elles aussi évolué (emploi partagé, portage salarial, intrapreneuriat…) : il est aujourd’hui commun de cumuler plusieurs activités (slasheurs), se reconvertir, créer son entreprise.

 

Un bon salaire ne suffit plus pour attirer et retenir les performers : il s’agit ici de répondre aux attentes de ceux qui fournissent leur compétence, leur talent, leur créativité ; bref c’est un réel enjeu d’attractivité qu’il faut impérativement prendre en compte. Et pour cela, il faut « renverser la proposition » : aujourd’hui, ce sont les candidats qui recherchent les entreprises qui ont le meilleur CV.

 

Ce que j’entends alors par CV se décline d’une part en fonction de l’identité des entreprises :

  • C comme Cap : quel est l’objectif de l’entreprise et en quoi est-il mobilisateur ?
  • V comme Valeurs : quelles sont-elles et sont-elles cohérentes avec ce qui est réellement vécu en interne par les collaborateurs ?

 

Et d’autre part, en fonction de ce qu’elles proposent au collaborateur :

  • C comme Contribution : en quoi la mission confiée va-t-elle contribuer à la réussite du projet ?
  • V comme Valorisation : quel apport pour son capital compétences et son parcours professionnel ? 

S&you : Comment un manager peut-il interpréter la QVT à son niveau ?

 

JG :  Selon moi, les managers ne devraient pas seulement s’intéresser au travail de leurs équipes (objectifs, moyens, résultats), mais aussi à la « vie qui va avec », c’est-à-dire tout simplement faire preuve d’humanité, avec son ABC :

  • A comme Attentif à la personne et au contenu du travail qui lui est demandé, l’inciter à sortir de sa zone de confort, car le bienêtre ne peut pas se limiter durablement au confort.
  • B comme Bienveillant : vouloir la faire réussir et s’appuyer sur ses erreurs pour la faire progresser. Ainsi, donner le droit à l’erreur, mais plus encore, encourager la prise d’initiatives.
  • C comme Convivial : générer du plaisir à vivre et produire ensemble.
     

Et cela, quelles que soient les générations concernées, X, Y ou Z : on peut finalement dire que cet ABC prend le pas sur le XYZ ! 

S&you : Quel conseil donneriez-vous aux collaborateurs qui veulent améliorer leur propre QVT  ?

 

JG : Je donnerais trois pistes. La première serait de se fixer ses priorités personnelles et professionnelles… et s’y tenir. Ensuite, il est important de ne pas se perdre dans les « jeux politiques » et savoir que réussir sa mission est la façon la plus simple et la plus habile de se mettre en valeur. Et enfin, envisager le collaboratif en dépit des contraintes inhérentes à tout travail de groupe, comme le meilleur moyen d’exploiter et de bonifier ses ressources : car cela valorise les talents, renforce les compétences et stimule les idées !